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Relève agricole Incubateurs et motels agricoles : des modèles d’accès à la terre intéressants

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(Photo : Gracieuseté de L'Avant-Champ, par Valérie Guerriat.)

SOURCE ET ARTICLE ORIGINAL : Yves Rivard, Journal GTA

 

Encore souvent méconnus ou sous-estimés, les incubateurs agricoles et les motels agricoles constituent pourtant d’excellents canaux pour stimuler la relève. Pierre Olivier Ouimet, chercheur-chargé de projet au Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA), apporte des précisions sur le mode d’opération de ces entités, sur leur potentiel de même que sur leurs besoins.

GTA : Quelques mots sur l’importance de la relève agricole pour le CISA?

Pierre Olivier Ouimet : Le soutien à l’établissement est un champ de recherche très important pour le CISA. Une de mes collègues, Catherine Théberge, s’y intéresse aussi beaucoup. De mon côté, je m’intéresse particulièrement aux concepts d’incubateur et de motel agricoles. On voit un changement du profil de la relève. On voit de plus en plus de gens issus d’un milieu urbain se lancer dans une entreprise agricole. Cela dit, on trouve une grande place pour la relève, la jeunesse, au sein de notre organisation et de nos projets. Pour rappel, le CISA est associé au programme Gestion et technologies d’entreprise agricole (GTEA) du Cégep de Victoriaville et attaché à l’Institut national d’agriculture biologique (INAB).

GTA : Un rappel du principe d’un incubateur agricole?

P.O.O. : Un incubateur d’entreprise agricole, c’est un service pour soutenir les aspirants agriculteurs qui sont souvent non originaires du milieu agricole. Il offre la possibilité d’expérimenter un projet en conditions réelles. On met à leur disposition, selon l’incubateur, des moyens de production, une terre, de la machinerie et des services d’accompagnement. C’est temporaire, mais ça dure au minimum une année de production. La définition commune d’un incubateur est d’offrir un espace, des ressources et des services professionnels d’accompagnement permettant à des personnes ayant terminé leur formation académique de développer un projet avant l’établissement à long terme et de gagner en autonomie.

GTA : Combien de temps un projet est-il incubé avant d’être déclaré viable ou non?

P.O.O. : Il faut savoir qu’au Québec, les incubateurs peuvent être portés par différentes instances : Municipalité, MRC, institution d’enseignement, OBNL, etc. Dans tous les cas, chaque projet est associé à un réseau de partenaires, question d’assurer le réseautage et les services d’accompagnement, de formation et de mentorat. L’incubation, d’une durée minimale de 12 mois, dure souvent de trois à cinq ans. À terme, selon l’incubateur, plusieurs options sont possibles, notamment l’installation sur une autre terre ou rester au même endroit afin de poursuivre le développement de l’entreprise.

GTA : C’est à ce moment que le modèle de motel agricole devient intéressant.

P.O.O. : Ce modèle est plus récent au Québec. Le CISA mène d’ailleurs actuellement un projet de recherche-action sur les « motels agricoles » en collaboration avec différentes instances, dont les conclusions seront publiées sous peu. La définition commune du motel agricole est qu’il rend accessibles les moyens de production (terre, équipements et infrastructures mutualisés, achats groupés) à la relève pour s’établir sur un horizon à long terme. Le motel agricole n’offre toutefois pas d’accompagnement ni de services professionnels aux entreprises installées, mais permet de développer une crédibilité financière qui aide lors de la recherche de financement, notamment pour l’achat d’une terre.

VIABLE POUR LA RÉGION DE SAINT-HYACINTHE?

GTA : Le CISA recense actuellement combien d’incubateurs agricoles en activité et en développement?

P.O.O. : Un peu plus d’une dizaine. Un incubateur est présentement en phase de développement dans le Haut-Richelieu, mené par René Mongeau. [NDLR : lire notre entrevue ici.]

GTA : La région de Saint-Hyacinthe, qui regroupe plusieurs joueurs importants des secteurs agricole et agroalimentaire de même que de la formation, serait certainement propice à l’établissement d’un incubateur.

P.O.O. : Absolument. Les ressources sont présentes, mais le problème se situe au niveau du coût des terres agricoles, je crois. Le modèle de motel agricole, soit de location à long terme, pourrait aussi être envisageable. Un incubateur répond à un besoin sur un territoire spécifique. Il permet de soutenir des projets innovants tout en appuyant le développement d’initiatives liées aux marchés de proximité, ce qui s’inscrit dans la mouvance de l’objectif de sécurité alimentaire.

GTA : Des détails sur la procédure, sur le processus visant à en développer un?

P.O.O. : Le Réseau Racines planche actuellement sur la conception d’un guide de démarrage et d’opération d’un incubateur agricole, qui devrait être publié d’ici le mois de juin. Par ailleurs, le CISA travaille sur un outil numérique qui sera intégré au site Internet du CISA et qui permettra aux instances désirant développer un motel agricole de tout savoir sur les apprentissages et les enjeux : recrutement, gouvernance, etc.

DES RACINES QUI PORTENT FRUIT

GTA : Le CISA a créé le Réseau Racines pour instaurer un lien entre les différents incubateurs québécois. Quelles observations peut-on tirer de ce réseau?

P.O.O. : Il est difficile pour l’instant de qualifier ou de quantifier exactement les données puisque tout ça est encore assez nouveau. Ça reste à documenter. On peut toutefois mentionner que le réseau contribue à soutenir l’accès à la terre sans grands coûts d’investissement pour la relève. Un premier rassemblement des incubateurs a été tenu en 2018 avec l’objectif de réseauter. L’impact de cet événement ayant été jugé très significatif, il a été décidé de créer un véritable réseau.

En vertu d’un cadre de recherche financée par le Conseil de recherche en sciences humaines et le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE), le Réseau Racines est devenu une réalité. Cela dit, le transfert de connaissances entre les membres plus anciens et les nouveaux est très précieux. Avec un réseau, on peut confirmer ou infirmer certaines idées. C’est très proactif et ça brise l’isolement.

GTA : Quel en est l’impact pour l’objectif d’autonomie alimentaire?

P.O.O. : Ça se joue davantage au niveau local. Un incubateur ou un motel peut cibler un secteur et offrir des produits qui manquent dans ce système d’approvisionnement alimentaire local, et ainsi répondre à une demande qui s’inscrit dans l’objectif d’autonomie alimentaire. De plus, les incubateurs s’inscrivent dans le besoin de renouveler la population agricole québécoise qui est de plus en plus vieillissante.

GTA : Les incubateurs et les motels agricoles favorisent-ils davantage la promotion de la production bio? Car on voit mal ces entités mutualisées, qui partagent des sols et des équipements, pouvoir mener à bien leur production sans contamination.

P.O.O. : Le bio est effectivement mis de l’avant. Et dans le cas où il n’y aurait pas de certification officielle, la production est toutefois réalisée selon ces méthodes et pratiques, question de toujours promouvoir une agriculture respectueuse de l’environnement.


– Le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA) réunit une équipe multidisciplinaire aux forces complémentaires en sociologie, anthropologie, agroforesterie, agroéconomie, développement territorial et environnement.

– Reconnu par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science (MESRS) comme étant un centre collégial de transfert de technologie (CCTT) dont la mission touche les pratiques sociales novatrices (PSN), le CISA est l’unique centre de recherche au Québec qui dirige des recherches appliquées dans le domaine social en agriculture et agroalimentaire.

 

 

 

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