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Création d’un incubateur agricole : mode d’emploi, selon Réné Mongeau

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(Photo : René Mongeau. Gracieuseté.)

SOURCE ET ARTICLE ORIGINAL : Yves Rivard, Journal GTA

Si un incubateur agricole représente un outil important pour la relève, permettant à de petites entreprises de voir le jour, de croître et d’atteindre leur plein potentiel, ce type de projet doit toujours être initié et mené par une personne responsable. C’est le cas de René Mongeau, agronome, qui développe actuellement un projet en collaboration avec Dominique Roy dans les terres du Haut-Richelieu. Un travail de longue haleine, mais qui en vaut certainement la peine.
 

GTA : Comment décrire la genèse du projet, de l’idée originelle à sa concrétisation?

René Mongeau : L’incubateur agricole est souvent perçu, dans les régions, comme un outil visant à stimuler l’agriculture. Ici, dans le Haut-Richelieu et les Jardins de Napierville tout près, le fait agricole est très dynamique et la qualité des sols est excellente. Tout au long de ma carrière d’agronome, j’ai constaté que ma région possédait un grand nombre de cultures industrielles, mais que l’approvisionnement direct de l’agriculteur au consommateur, lui, reculait. Certaines terres ont longtemps été laissées sans emploi, et je me demandais souvent pourquoi on n’y installait pas des serres, pourquoi on optait pour des cultures de maïs et de soya sur des parcelles de 20 arpents.

C’est lorsque j’ai appris, une fois retraité, que la Ville de Boisbriand avait acquis un terrain pour en faire un incubateur que tout m’est apparu. Je me suis dit : Saint-Jean-sur-Richelieu a un cégep, un centre de recherche en agriculture (CRD), une ferme expérimentale : ne serait-il pas intéressant de valoriser ces ressources et de les inclure dans un projet de développement économique?

GTA : On le sait, les possibles porteurs de ce type de projet sont variés. Quel fut votre réflexe?

R.M. : Je suis allé rencontrer la mairesse Andrée Bouchard et quelques membres de son équipe en janvier 2023, qui ont trouvé l’idée intéressante. Je me suis ensuite tourné vers la Chambre de commerce et d’industrie qui compte un comité agroalimentaire, présidé par Dominique Roy, que j’avais déjà rencontrée auparavant et qui avait déjà œuvré au sein de l’UPA. Elle a présenté le projet à la Chambre, qui l’a aussi trouvé porteur. Depuis, le projet est mené sous l’égide de cette entité reconnue et dynamique.

Au présent, toujours vers l’avant

GTA : Et où en est le projet?

R.M. : Nous venons de terminer le plan d’affaires, pour lequel le projet d’incubateur a reçu le soutien du MAPAQ et de Desjardins. Nous en sommes actuellement à l’étape de trouver des partenaires. Une quarantaine de rencontres ont eu lieu avec différentes instances : UPA, députés, Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, organismes, etc. La majorité y a vu un projet intéressant.

GTA : Votre approche devait certainement intégrer deux arguments béton, basés sur deux réalités : la difficulté de l’accès aux terres agricoles pour la relève, et la politique d’autonomie alimentaire du Québec.

R.M. : Effectivement. La relève n’est plus toujours apparentée, comme on le sait, ce qui crée des enjeux importants. Un incubateur offre des possibilités pour ceux qui ne sont pas apparentés, mais qui ont le goût de l’agriculture. Fait à noter, il offre aussi aux jeunes de la relève apparentée de lancer des projets pendant leurs études, par exemple, même s’ils ont un accès à la ferme. Cela s’adresse aussi aux nouveaux arrivants, qui vont essayer de reproduire des cultures de leur contrée d’origine. Dans tous les cas, il s’agit de décadenasser l’accès à l’agriculture.

Notre projet prévoit trois niveaux : la mise à l’épreuve des projets sur une période de trois à cinq ans, la location permanente de type motel agricole aux producteurs qui désireraient demeurer sur place au terme de quelques années, puis l’offre de formation temporaire et l’offre d’accompagnement en vertu de services-conseils professionnels en lien avec le cégep. Un autre volet serait aussi possible : celui d’un jardin communautaire. Tout cela s’arrime avec le Plan de développement d’une communauté nourricière (PDCN) de Saint-Jean-sur-Richelieu, adopté en 2024.

GTA : La production bio sera-t-elle privilégiée?

R.M. : Nous visons une production diversifiée, bien que le bio soit une valeur importante. Toute bonne idée se doit d’être considérée dans un tel projet. Des zones bio et conventionnelles pourraient être aménagées sans problème afin d’assurer le respect des méthodes et pratiques de chacune d’entre elles. Des salles de traitement et de conditionnement peuvent aisément être aménagées.

Futur immédiat

GTA : Quelles sont les prochaines grandes dates, les prochaines étapes?

R.M. : Le terrain visé, qui serait idéal pour l’incubateur en matière de superficie et de localisation, devra trouver un acquéreur. À cet effet, nous avons eu des pourparlers avec la Fiducie agricole UPA-Fondaction, un organisme à but non lucratif créé en 2020 pour protéger les terres agricoles du Québec. Elle acquiert des terres, les retirant du marché spéculatif pour les louer à long terme (5 à 20 ans et +) à des agriculteurs (relève ou établis) à un coût abordable, garantissant leur usage agricole à perpétuité. Un acquéreur régional pourrait aussi s’avérer très intéressant.

Pendant ce temps, le projet a reçu deux offres d’entreprises établies en région : une qui nourrit une vision similaire et qui pourrait développer l’incubateur directement depuis sa grande ferme, et l’autre qui offre sa ferme en location pour y développer le projet. Voilà où nous en sommes.

L’offre de partenariat nous apparaît très intéressante en ce qu’elle permettrait de développer progressivement le projet sur ce terrain, ce qui limiterait les charges financières à la location des espaces utilisés. D’ici l’été, une décision devrait avoir été prise. Nonobstant l’endroit retenu, sous toutes réserves, l’objectif est d’amorcer les travaux pour 2027.

GTA : Lors de discours, les hautes instances adorent parler d’innovation et d’entrepreneuriat, mais que leurs décisions racontent souvent une autre histoire. Côté partenaires financiers, ça se passe comment?

R.M. : Nous en sommes à consolider ce volet. Ceux qui ont été approchés comprennent bien les enjeux et la dynamique d’utiliser les ressources existantes pour en faire un levier de développement économique local. Tout doit être conclu d’ici la fin de l’année. Les signaux actuels sont excellents. Nous sommes optimistes.

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